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Duty of care ONG | Protéger vos équipes, sécuriser vos budgets

17 octobre 2026
14 min de lecture
Olivier Ligne

Plus de 1 000 travailleurs humanitaires tués en trois ans, selon les Nations unies ; une année 2025 proche du record historique, portée par les crises de Gaza et du Soudan ; des attaques qui visent désormais aussi les hôpitaux et les secouristes, comme le rappelait la presse sectorielle à la mi-octobre. Pour les directeurs d'ONG et d'OSC, ces chiffres ne sont pas une abstraction : derrière chaque mission terrain, chaque ordre de mission signé, chaque véhicule qui quitte la base, il y a une responsabilité d'employeur. Et pourtant, dans la plupart des organisations, la sécurité reste financée à la marge, suivie sur des fichiers Excel dispersés, et justifiée péniblement lors des audits bailleurs. Le duty of care — l'obligation de diligence envers vos équipes — est devenu un enjeu juridique, financier et de conformité à part entière, que les contrôleurs de gestion et les coordinateurs finance ne peuvent plus traiter comme une ligne budgétaire résiduelle.

Cet article propose une lecture opérationnelle et financière du duty of care : ce que recouvre l'obligation, combien coûte réellement un dispositif de sûreté, comment le financer et le négocier avec vos bailleurs, et surtout comment en tracer chaque dépense pour qu'elle résiste à un audit. Nous verrons également comment une plateforme de gestion intégrée comme Abvius permet de centraliser le pilotage sécurité entre le siège et le terrain, du budget à la piste d'audit, sans multiplier les outils.

Duty of care ONG : protéger vos équipes, sécuriser vos budgets et votre conformité


Temps de lecture : ~14 min

  1. Le duty of care : de l'obligation morale à l'exigence juridique
  2. 2026, année charnière : ce que disent les chiffres de la violence contre les humanitaires
  3. Combien coûte la sécurité ? Cartographier les dépenses de sûreté
  4. Financer le duty of care : construire le dialogue avec les bailleurs
  5. Tracer et documenter : la piste d'audit de la sûreté
  6. Centraliser le pilotage siège–terrain : l'apport d'Abvius
  7. Bonnes pratiques : 5 étapes pour structurer votre dispositif
  8. Mini FAQ

Le duty of care : de l'obligation morale à l'exigence juridique


Le duty of care désigne l'obligation qui incombe à une organisation de prendre toutes les mesures raisonnables pour protéger la santé, la sécurité et le bien-être de ses collaborateurs — salariés, volontaires, personnel national comme international, et de plus en plus souvent les équipes des partenaires de mise en œuvre. Longtemps perçue comme un engagement éthique, cette obligation s'est progressivement judiciarisée : plusieurs contentieux emblématiques, en Europe comme en Amérique du Nord, ont vu des employés ou leurs ayants droit obtenir réparation après un incident de sécurité, au motif que l'employeur n'avait pas mis en place un dispositif de prévention proportionné au risque.

Ce que recouvre concrètement l'obligation

En pratique, le duty of care d'une ONG ou d'une OSC s'apprécie sur un faisceau d'éléments : existence d'une analyse de risques documentée et actualisée par zone d'intervention, plans de sûreté et procédures opérationnelles standard, formation des équipes avant déploiement (type HEAT ou équivalent contextualisé), équipements adaptés, mécanismes de suivi des déplacements, dispositifs médicaux et d'évacuation, assurances adéquates, et soutien psychosocial après incident. Deux dimensions sont systématiquement examinées en cas de litige ou d'audit : l'organisation savait-elle (le risque était-il identifié ?) et a-t-elle agi en conséquence (les mesures étaient-elles financées, mises en œuvre et tracées ?).

Duty of care et conformité bailleurs : un rapprochement inévitable

Les bailleurs institutionnels intègrent désormais la sûreté dans leurs grilles d'évaluation des partenaires. Les conventions de financement exigent fréquemment une politique de sécurité formalisée, des procédures de gestion d'incident, et la capacité à démontrer que les fonds dédiés à la protection des équipes ont bien été employés à cette fin. Le duty of care rejoint ainsi le champ classique de la conformité : comme pour la lutte anti-fraude ou la sauvegarde, il ne suffit plus de faire — il faut pouvoir prouver, pièces et piste d'audit à l'appui.

2026, année charnière : ce que disent les chiffres de la violence contre les humanitaires


Le rapport annuel sur la sécurité des travailleurs humanitaires publié à l'été 2026 par Humanitarian Outcomes dresse un constat sans appel : les violences contre les personnels d'aide se maintiennent à des niveaux proches des records historiques, avec Gaza et le Soudan concentrant la majorité des décès. Fait marquant, le rapport souligne que la menace émane de plus en plus souvent d'acteurs étatiques, ce qui complique les stratégies classiques d'acceptance et de négociation d'accès. Les Nations unies rappelaient au printemps que plus d'un millier d'humanitaires ont été tués en trois ans. Dans le même temps, une coalition d'ONG européennes a publié une déclaration conjointe appelant les États et les bailleurs à protéger ceux qui protègent — y compris en finançant correctement les dispositifs de sûreté.

Trois réalités opérationnelles en découlent pour les directions financières et les coordinateurs terrain. D'abord, l'écrasante majorité des victimes sont des personnels nationaux et des équipes de partenaires locaux : à l'heure de la localisation de l'aide, le duty of care ne peut plus s'arrêter aux expatriés. Ensuite, la contraction brutale des financements humanitaires pousse mécaniquement à arbitrer — et la sécurité, coût « invisible » tant qu'il ne se passe rien, est une victime toute désignée des coupes. Enfin, les zones les plus dangereuses sont aussi celles où la supervision directe est la plus difficile : le pilotage à distance exige des données fiables, remontées en temps réel, et non des consolidations Excel mensuelles.

Combien coûte la sécurité ? Cartographier les dépenses de sûreté


Première difficulté : la plupart des organisations ne savent pas ce que leur coûte réellement leur dispositif de sûreté, parce que les dépenses sont éclatées entre lignes budgétaires, projets et centres de coûts. Une cartographie rigoureuse distingue généralement quatre familles de coûts.

  • Coûts de personnel dédié : référent sûreté siège, conseillers sécurité régionaux, gardiens, points focaux par base — y compris la quote-part de temps des coordinateurs qui assument la fonction en plus de leur poste.
  • Coûts d'équipement et d'infrastructure : véhicules et leur équipement (radios, trousses médicales, trackers), sécurisation des locaux et des guesthouses, moyens de télécommunication, équipements de protection individuelle.
  • Coûts de services et de prévention : formations avant déploiement, abonnements à des services d'analyse de risques ou de suivi des déplacements, assurances spécifiques (évacuation médicale, rapatriement, risques de guerre), audits de sûreté.
  • Coûts de réponse aux incidents : évacuations, relocalisations temporaires, soutien médical et psychosocial, gestion de crise — par nature imprévisibles, donc à provisionner.

Cette cartographie n'est pas un exercice théorique : elle conditionne la budgétisation (quelle part en coûts directs projet, quelle part en coûts de structure ?), la négociation avec les bailleurs et la capacité à démontrer, chiffres à l'appui, que l'organisation prend son obligation de diligence au sérieux. Un suivi budgétaire analytique par destination — et non seulement par nature comptable — est ici indispensable : la même facture de carburant peut relever de la logistique programme ou d'une évacuation sécuritaire, et seule une imputation analytique rigoureuse permet de reconstituer le coût complet du dispositif.

Financer le duty of care : construire le dialogue avec les bailleurs


Bonne nouvelle : la plupart des grands bailleurs humanitaires reconnaissent explicitement l'éligibilité des coûts de sûreté, qu'ils soient imputés en coûts directs ou couverts par les coûts indirects. La difficulté est ailleurs : dans la fragmentation. Un dispositif de sûreté protège l'ensemble d'une mission, mais il est financé par des projets aux durées, aux règles et aux taux de couverture différents. Trois approches se combinent en pratique.

Trois approches de financement complémentaires

La première consiste à inscrire les coûts de sûreté en coûts directs dans chaque budget projet, au prorata d'une clé d'allocation documentée (effectifs, volume d'activité, présence géographique). C'est l'approche la plus transparente, mais elle exige une discipline d'imputation constante et une clé défendable en audit. La deuxième passe par les coûts indirects ou les coûts partagés : le dispositif est porté par la structure et refacturé via le taux forfaitaire ou une grille d'allocation des coûts partagés. La troisième, encore émergente, mobilise des financements dédiés : lignes spécifiques de renforcement des capacités de sûreté, notamment pour les partenaires locaux, ou fonds mutualisés. Pour les organisations intermédiaires qui reversent des fonds en cascade, la question se double d'une exigence d'équité : les budgets transférés aux partenaires locaux doivent intégrer leurs propres coûts de sûreté — un point sur lequel les évaluations du secteur restent sévères.

Argumenter la sûreté face aux coupes budgétaires

Dans un contexte de réduction des financements, le réflexe de sanctuarisation doit être préparé. L'argumentaire le plus efficace auprès d'un bailleur n'est pas moral mais gestionnaire : un incident grave coûte, en interruption d'activité, en évacuations et en responsabilité juridique, sans commune mesure avec le dispositif de prévention ; et un partenaire incapable de protéger ses équipes est un partenaire qui suspendra ses activités, donc ses résultats. Encore faut-il disposer des données : coût complet du dispositif, historique des incidents et de leurs coûts, scénarios chiffrés. C'est précisément ce que permet un suivi budgétaire consolidé multi-projets et multi-bailleurs.

Tracer et documenter : la piste d'audit de la sûreté


Le duty of care se joue autant dans la documentation que dans l'action. En cas d'incident, les premières questions porteront sur ce qui était connu, décidé et tracé : l'analyse de risques était-elle à jour ? L'ordre de mission avait-il été validé selon la procédure ? Le briefing sécurité a-t-il eu lieu ? Qui a autorisé le déplacement, sur quelle base ? Les mêmes questions, posées cette fois par un auditeur bailleur, porteront sur les dépenses : cette formation facturée a-t-elle bien eu lieu, pour quels participants ? Ce gardiennage correspond-il à un contrat, des pointages, des paiements tracés ?

La comparaison des modes de gestion est éclairante :

Dimension Papier / e-mails Excel + dossiers partagés Plateforme intégrée (Abvius)
Validation des ordres de mission Signatures manuscrites, délais, pertes Circuits e-mail non normés, traçabilité partielle Workflow de validation horodaté, signature électronique
Suivi des coûts de sûreté Reconstitution a posteriori, quasi impossible Consolidation manuelle mensuelle, erreurs de formules Imputation analytique en temps réel, multi-projets
Piste d'audit Archives physiques dispersées Versions multiples, auteur des modifications inconnu Journal complet : qui, quoi, quand, pièces liées
Visibilité siège sur le terrain Rapports épisodiques Décalage de plusieurs semaines Données partagées en continu siège–terrain
Préparation d'un audit bailleur Semaines de recherche documentaire Collecte manuelle des justificatifs Extraction immédiate des dépenses et pièces par projet

Le point commun des approches artisanales est qu'elles font reposer la conformité sur la mémoire et la bonne volonté des personnes — exactement ce qui fait défaut dans les contextes à forte rotation des équipes et à forte pression opérationnelle, c'est-à-dire les contextes dangereux. La traçabilité de la sûreté doit être un sous-produit automatique des processus, pas un chantier documentaire de fin de projet.

Centraliser le pilotage siège–terrain : l'apport d'Abvius


C'est ici qu'une plateforme de gestion conçue pour les ONG, les OSC et leurs partenaires prend tout son sens. Abvius réunit dans un même environnement la finance, les opérations et le MEAL, ce qui permet de traiter le duty of care comme ce qu'il est : un processus transversal, et non une pile de fichiers.

Concrètement, les organisations qui utilisent Abvius s'appuient sur :

  • Le suivi budgétaire en temps réel, avec imputation analytique multi-axes : les dépenses de sûreté sont identifiables à tout moment, par projet, par bailleur, par base, et comparables au budget — fini la reconstitution de fin d'année.
  • Les workflows de validation : ordres de mission, demandes d'achat d'équipements de sécurité, avances pour déplacements en zone à risque suivent des circuits d'approbation paramétrés selon votre schéma de délégation, avec signature électronique et horodatage.
  • La piste d'audit native : chaque opération conserve son historique complet et ses pièces justificatives attachées, de l'engagement au paiement — exactement le niveau d'exigence d'un audit bailleur ou d'une mise en cause de responsabilité.
  • La centralisation siège–terrain : les équipes pays saisissent au plus près de l'opération, y compris dans des contextes à connectivité limitée, et le siège dispose des mêmes données, sans double saisie ni consolidation manuelle.
  • Le reporting bailleur automatique : les dépenses de sûreté ressortent dans les rapports financiers aux formats attendus, avec les justificatifs liés, ce qui transforme la préparation d'audit en simple extraction.

Ce socle ne remplace évidemment ni votre analyse de risques ni votre référent sûreté : il leur donne les moyens de piloter, de prouver et d'arbitrer sur des données fiables plutôt que sur des impressions.

Bonnes pratiques : 5 étapes pour structurer votre dispositif


Pour passer d'une gestion diffuse de la sécurité à un dispositif de duty of care pilotable et auditable, nous recommandons une démarche en cinq étapes.

  • 1. Formaliser le cadre et les responsabilités. Politique de sûreté validée par la gouvernance, schéma de délégation explicite (qui autorise quoi, jusqu'à quel niveau de risque), intégration du duty of care dans les contrats de travail et les conventions de partenariat.
  • 2. Cartographier et budgétiser le coût complet. Recenser l'ensemble des dépenses de sûreté existantes dans les quatre familles de coûts, définir une nomenclature analytique dédiée, et construire un budget sûreté consolidé avec sa clé d'allocation entre projets et structure.
  • 3. Négocier le financement en amont. Inscrire systématiquement la sûreté dans les propositions de projet, documenter la clé d'allocation, inclure les coûts de sûreté des partenaires locaux dans les budgets en cascade, et provisionner la réponse aux incidents.
  • 4. Outiller les processus critiques. Digitaliser en priorité les ordres de mission, les validations de déplacement, les achats de sûreté et le suivi des formations, avec des workflows traçables et une piste d'audit automatique plutôt que des fichiers dispersés.
  • 5. Suivre, tester, améliorer. Revue périodique budget/réalisé des dépenses de sûreté, indicateurs de conformité (taux d'ordres de mission validés avant départ, taux de briefings réalisés), retours d'expérience après incident et mise à jour de l'analyse de risques.

Mini FAQ


Les coûts de sécurité sont-ils éligibles aux financements des bailleurs ?

Dans la très grande majorité des cas, oui : les grands bailleurs humanitaires et de développement reconnaissent l'éligibilité des coûts de sûreté, en coûts directs comme via les coûts indirects. Les conditions habituelles s'appliquent : inscription au budget approuvé, lien démontrable avec le projet, clé d'allocation documentée et justificatifs complets.

Le duty of care s'applique-t-il aux partenaires locaux et à leurs équipes ?

Juridiquement, chaque organisation est d'abord responsable de ses propres salariés. Mais les référentiels du secteur et les bailleurs attendent des organisations intermédiaires qu'elles permettent à leurs partenaires d'assumer leur propre obligation de diligence : budgets de sûreté inclus dans les sous-subventions, partage d'informations de sécurité, accès aux formations. Ne rien prévoir expose à un risque réputationnel et contractuel croissant.

Que faut-il pouvoir présenter en cas d'audit ou de mise en cause ?

Trois corpus : le cadre (politique de sûreté, analyses de risques datées, procédures), les décisions (ordres de mission validés, autorisations de déplacement, dérogations motivées, avec auteurs et horodatage), et les dépenses (contrats, factures, preuves de service fait, rattachement analytique). Une piste d'audit numérique continue couvre les trois sans effort de reconstitution.

Notre organisation est petite : par où commencer sans budget dédié ?

Commencez par ce qui ne coûte presque rien : un référent désigné, une analyse de risques simple par zone, une procédure d'ordre de mission systématique et tracée, et une nomenclature analytique pour identifier vos dépenses de sûreté existantes. Vous découvrirez généralement que vous dépensez déjà plus que vous ne le pensiez — et vous disposerez des chiffres pour demander leur financement.

Synthèse


La dégradation continue de la sécurité des travailleurs humanitaires fait du duty of care une obligation que plus aucune ONG ni OSC ne peut traiter à la marge : c'est à la fois une responsabilité juridique d'employeur, un enjeu de continuité des programmes et un champ de conformité scruté par les bailleurs. La réponse passe par un triptyque exigeant — cartographier et financer le coût complet de la sûreté, tracer chaque décision et chaque dépense, centraliser le pilotage entre le siège et le terrain — que des processus digitalisés rendent enfin tenable au quotidien. Pour approfondir, consultez nos autres articles sur la conformité et la gestion financière des ONG, ou contactez notre équipe pour voir comment Abvius peut outiller votre dispositif de duty of care, du budget à l'audit.

Découvrez comment abvius facilite Duty of care ONG | Protéger vos équipes, sécuriser vos budgets